"Car la lecture est un singulier dialogue qui ne rêve que de pluriel, celui du désir incandescent d'échanger, de partager et de confronter ses impressions de lecture, de les dire aux autres et au monde, un désir puissant de faire circuler les oeuvres et de donner aux mots aimés l'écho le plus long et le plus lointain possible" Manuel Hirbec pour "Page"
Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.
Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?
La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...
Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !
Au plaisir de (vous) lire.
dimanche 5 mai 2019
"Soudain, seuls" de Isabelle Autissier
Louise et Ludovic sont un jeune couple tout les deux épris de sport, plutôt la voile et le ski pour Ludo, et la montagne pour Louise.
Ensemble ils décident de faire un break et de partir traverser les océans à bord d'un bateau, le Jason.
Au cours de leur périple ils décident de passer par une île perdue loin à l'est du Cap Horn, une île protégé où il n'est pas autorisé de s'arrêter. Une île qui abritait autrefois une base baleinière maintenant en ruine.
Et c'est là que l'aventure bascule, un orage violent les bloque sur l'île et fait disparaitre leur bateau.
Comment survivre ? L'ancienne base est à moitié écroulé, il n'y pas de nourriture, il fait froid et ils n'ont plus aucun moyen de communication.
Se révèle alors le caractère de chacun, ses forces et ses faiblesses ; l'amour de ce couple si uni est mis à rude épreuve.
Peut-on sortir indemne d'une telle histoire ?
Le récit est très bien mené car on part tranquillement en suivant les deux amoureux et petit à petit la tension monte, et de plus en plus fort, il est impossible de poser le livre avant d'avoir terminé, on veut absolument savoir ce qu'il va se passer.
Les émotions sont fortes et parfaitement décrites, elles nous portent, nous poussent, la boule dans la gorge, le ventre serré, on tremble, on a peur, froid et faim.
Un livre qui se dévore !
Stock, 249 pages.
mercredi 3 janvier 2018
❤️❤️ « Le Sans Dieu » de Virginie Caillé-Bastide
Bretagne, 1709, Arzhur de Kerloguen voit mourir son septième et dernier enfant suite à une terrible vague de froid qui a frappé la France et provoqué une grande famine ; son épouse en perd la tête...
Quelques années plus tard nous le retrouvons dans les Caraïbes sur un bateau de flibustiers, le "Sans Dieu". Il est devenu le terrible Ombre, cruel pirate redouté de tous.
Lors de l'attaque d'un bateau il fait prisonnier un abbé espagnol avec lequel il va nouer une relation très particulière et notamment avec lequel il va échanger sur le thème de l'existence de Dieu, ou plutôt le fait de croire en lui.
En effet Arzhur a cessé de croire à la mort de son petit Jehan, et toutes les cruautés auxquelles il a assisté depuis l'ont poussé sur cette voie. Il a quitté sa Bretagne natale en maudissant la religion et détruisant l'église de village.
Bien qu'étant devenu un monstre sanguinaire (selon l'abbé), il reste un homme intelligent et cultivé, qui conserve dans sa cabine un échiquier et de nombreux ouvrages.
Il est accompagné de Morvan qui devient son second, son fidèle lieutenant sur le bateau après avoir été son fidèle serviteur dans son domaine breton.
L'écriture est très agréable et adapté à l'époque. On est embarqué sur ses bateaux qui traversent les océans et on se laisse porter.
J'ai beaucoup aimé ce livre, l'ambiance décrite, les personnages et en particulier Arzhur. La relation qu'il tisse avec l'abbé et leurs discussions ; mais aussi les personnages secondaires sont tous attachants et intéressants. Malgré leur cruauté on se lie à eux.
Partageant quelque peu les interrogations de notre héros, j'ai particulièrement apprécié les échanges au sujet de l'existence de Dieu et sur le besoin/envie de croire des hommes.
On vogue encore longtemps sur ses mers dangereuses après avoir refermé le livre, on se promène avec prudence dans les ports qui fourmillent de mille activités et dangers.
Premier roman très réussi, une belle histoire qui ne m'a pas laissé en paix.
Merci maman pour cette belle découverte 😊
Éditions Heloïse d'Ormesson, 331 pages.
mardi 26 décembre 2017
"Le grand marin" de Catherine Poulain
Lili quitte Manosque-les-Couteaux pour l'Alaska. Elle veut pêcher !
Après avoir traversé en bus les État-Unis elle arrive enfin sur l'île de Kodiak où elle trouve un bateau, le "Rebel", pour partir pêcher, avec son skipper Ian.
C'est un véritable livre d'apprentissage du monde de la pêche, en passant de la morue noire au flétan et aux crabes. La violence de la mer, des vagues, du froid, de l'humidité. Il faut tout apprendre, comment appâter, attraper les poissons, les vider, dormir sur le sol dur, humide, dans le roulis et tout ça pour pas grand chose.
Travailler 24h sur 24, rentrer au port et boire, fumer, boire, manger des popcorn et encore boire et fumer, c'est une ambiance humaine glauquissime, noire, dans un théâtre naturel magnifique.
Lili va se dépasser pour apprendre et rester sur le bateau, pour se faire une place dans ce monde d'homme. Il y a les blessures physiques, dangereuses, les blessures de l'âme, et un peu d'amour.
Mais quel monde, où règnent la violence, l'alcool, la drogue, la tristesse.
Chaque homme a son histoire qui l'a amené jusque là... y compris Lili.
Dans l'ensemble le livre m'a plu, j'ai aimé les grands espaces, partir en mer, affronter les dangers de la pêche, ses règles... J'ai même aimé la façon dont la ville, le port, la vie sur terre est racontée.
Cependant il y a quelques longueurs qui m'ont ralenti dans la lecture et m'ont dérangé sans que je puisse vraiment dire pourquoi.
C'est un très beau livre, un poil dérangeant, plutôt bien écrit et une histoire touchante, où l'on perçoit de la douleur, et un très grand mal-être.
"Embarquer, c'est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T'as plus de vie, t'as plus rien à toi. Tu dois obéissance au skipper. Même si c'est un con - il soupire. Je ne sais pas pourquoi j'y suis venu, il dit encore en hochant la tête, je ne sais pas ce qui fait que l'on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui ! "
"Je pensais aux hommes qui travaillaient à cette heure, [...] Et aux autres, qui travaillaient encore et toujours. Ils étaient vivants eux, et le sentaient à chaque instant. Ils étaient dans la vie magnifique, luttant au corps à corps avec l'épuisement, avec leur propre fatigue et la violence de l'au-dehors."
"Je suis une tueuse comme les autres, j'ai éventré mon premier flétan. J'ai même mangé son coeur encore vivant. C'est moi qui tue à présent. Le sel me brûle le visage, le sang a durci mes cheveux, collé mes mèches entre elles. Je m'endors sous mon casque baroque, le feu aux joues, au coin de mes lèvres un peu de sang séché."Éditions de l'Olivier, 368 pages.
mardi 28 novembre 2017
"Novecento : pianiste" de Alessandro Baricco
Il est né sur un bateau, probablement en troisième classe.
On l'a trouvé sur le piano, un machiniste.
Il devient son fils : Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento.
Jamais il ne descendra du bateau. Il traversera les mers, et jouera du piano.
Un joueur de trompette deviendra son ami.
Une belle amitié.
Un joli conte, tout petit, c'est délicatement écrit et l'on y trouve une histoire d'amitié très agréable mais malheureusement je n'ai pas tellement été touché.
Petite déception de ne pas avoir su trouver la lumière dans ce court texte.
C'est comme ça...
"Il savait écouter. Il savait lire. Pas les livres, ça tout le monde le peut, lui, ce qu'il savait lire, c'était les gens. Les signes que les gens emportent avec eux : les endroits, les bruits, les odeurs, leur terre, leur histoire... écrite sur eux, du début à la fin."
"Moi, j'y suis né, sur ce bateau. Et le monde y passait, mais par deux mille personnes à la fois. Et des désirs, il y en avait aussi, mais plus que ce qui pouvait tenir entre la proue et la poupe. Tu jouais ton bonheur, sur un clavier qui n'était pas infini. C'est ça que j'ai appris, moi. La terre, c'est un bateau trop grand pour moi. C'est un trop long voyage. Une femme trop belle. Un parfum trop fort. Une musique que je ne sais pas jouer. Pardonnez-moi. Mais je ne descendrai pas. Laissez-moi revenir en arrière."Folio, 84 pages.



