Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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samedi 30 novembre 2019

"Ce que tu as fait de moi" de Karine Giebel

Avec ce roman je découvre Karine Giebel que je ne connaissais pas mais que je vais certainement continuer à découvrir.
Ce thriller psychologique nous emmène dans les bas-fond de l'âme humaine, dans les pires distorsions des relations amoureuses, et même plutôt passionnelles.
Il y a de la perversité, de la dépendance, de l'obsession, de la manipulation.

Je ne peux pas trop en dire,  mais tout démarre à la Direction Départementale de la Sécurité Publique, dans deux salles d'interrogatoire.
Dans la première se trouve Richard Ménainville le commandant de la brigade des Stups et dans la seconde Laëtitia Graminsky lieutenant dans cette même brigade ; tout au long de la nuit chacun raconte sa version des faits dans une synchronie parfaite et troublante.

C'est un roman fracassant qui m'a beaucoup perturbée, j'ai trouvé la psychologie des personnages très bien faite et très bien travaillée, on voit et on sent monter le drame, petit à petit, sans que rien ne puisse se faire pour l'empêcher.
On voit l'enlisement comme dans des sables mouvants, il n'y a aucune porte de sortie, en tout cas il ne semble pas.

Un livre sous tension, qu'on ne lâche pas, et en même temps oppressant.
Attention âme sensible s'abstenir, il y a de la violence, de la perfidie, de la dépravation...

J'ai cependant deux petits bémols, il y a un mécanisme de répétition très bien fait entre les deux personnages principaux qui va peut-être un peu trop loin à mon avis pour rester crédible, et je n'ai pas hyper adhéré à la fin et au dernier développement psychologique.... peut-être que c'était trop pour mon petit coeur vulnérable.
Mais ceci n'a aucunement gâché mon plaisir de lecture, et maintenant que j'ai découvert Karine Giebel j'y retournerai ! Ça reste un livre impressionnant !!

Belford, 552 pages. Novembre 2019.

mardi 17 septembre 2019

"Soif" d'Amélie Nothomb



J'avais décidé de ne plus trop lire les livres d'AN mais ayant lu des bribes de ce dernier opus ma curiosité a été fortement aiguisée....
AN se met dans la peau de Jésus Christ et prend sa voix. Depuis la fin du procès de JC, jusqu'à la passion, la crucifixion et la résurrection.
Bien entendu c'est très perturbant (d'essayer) d'accepter de rentrer dans ce jeu (je) là. Est-ce d'avoir été élevée dans une famille catholique ou de toucher à une "icône" de notre tradition culturelle ?
Quoi qu'il en soit c'est une lecture extrêmement intéressante une fois que l'on a accepté le postulat de départ.

Au cours de ces dernières heures, Jésus revient sur certains grands moments de sa vie, ainsi on les lit avec "son" point de vu, son ressenti.
On découvre un Jésus humain, avec des pensées pas toujours positives, un amour parfois défaillant ou déficient pour ses acolytes, un Jésus amoureux, un Jésus fils de sa mère et protecteur.
AN n'est pas tendre avec lui, elle nous le dépeint comme n'importe quel être humain avec ses faiblesses, ses imperfections. La relation à son père (Dieu) est aussi très curieuse. La manière dont il voit Pierre, Judas ; son omniscience qui lui permet de savoir ce que les uns et les autres vont dire, faire, écrire.

Le titre de la soif est très bien expliqué, j'aime beaucoup l'idée que Jésus donne de la soif, son lien à Dieu et à la foi.

AN démonte le principe essentiel de tout (bon) chrétien qui est "aime ton prochain comme toi même"; comment Jésus peut-il enseigner ce principe si il n'est pas capable de s'aimer suffisamment pour se "sauver" de la crucifixion .... Un bon débat philosophique en perspective !

Mon seul petit bémol sur ce livre est le ton et le vocabulaire employés qui sont pour moi beaucoup trop contemporains et qui parfois m'ont gênée pour adhérer à l'idée du texte.

Un livre dérangeant,
forcément,
mais exaltant,
assurément !

Un point de vue original, à ne pas prendre au premier degré, mais à réfléchir et penser.

"Il y a des gens qui pensent ne pas être des mystiques. Ils se trompent. Il suffit d'avoir crevé de soif un moment pour accéder à ce statut. Et l'instant ineffable où l'assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d'eau, c'est Dieu.[...] Tentez cette expérience : après avoir durablement crevé de soif, ne buvez pas le gobelet d'eau d'un trait. Prenez une seule gorgée, gardez-la en bouche quelques secondes avant de l'avaler . Mesurez cet émerveillement. Cet éblouissement, c'est Dieu"
"Aime ton prochain comme toi-même. Enseignement sublime dont je suis en train de professer le contraire. J'accepte cette mise à mort monstrueuse, humiliante, indécente, interminable : celui qui accepte cela ne s'aime pas." 

Albin Michel, 152 pages.

mercredi 24 octobre 2018

❤️ "Ça raconte Sarah" de Pauline Delabroy-Allard

Chanson, toi qui ne veux rien dire, toi qui me parles d'elle, et toi qui me dis tout." Indian Song, Jeanne Moreau

Ça raconte une passion amoureuse fulgurante et dévorante entre deux femmes.

La narratrice est une jeune femme sage, professeur dans un lycée, mère d'une enfant de 6 ans, sa vie est plutôt monotone et tranquille ; à l'occasion d'une soirée de nouvel an elle rencontre la pétillante et extravagante Sarah, violoncelliste. Les deux jeunes femmes vont très vite se lier d'amitié, se voir tout le temps, de plus en plus souvent, jusqu'à réaliser qu'elles sont très amoureuses.

Vient alors les brûler le feu de la passion, l'exaltation, l'ivresse de l'amour tous les jours renouvelée.

C'est un roman court mais très intense, en deux parties distinctes. 
Dans la première partie, la narratrice nous raconte Sarah, leur rencontre, leur amour, la découverte, la folie de la passion. 
Ce sont des chapitres courts qui donne un rythme au livre comme une partition de musique, il y a des langueurs, des accélérations, des crescendos... On se trouve parfois sans souffle, haletant, pantelant, exsangue, tellement tout va vite, très vite. 
La tête tourne.
La deuxième partie est plus calme, mais aussi plus mélancolique, plus triste. La narratrice est seule, partie pour un voyage en Italie, mais Sarah est malgré tout toujours là, tel un fantôme, une ombre, une présence.

Il y a des mots, des morceaux de phrase qui reviennent dans le texte, un peu comme une obsession, un leitmotiv. Cela donne une narration très vivante, dynamique, rapide.

C'est un premier roman franchement réussi et tout à fait surprenant, plein de poésie.
"Ça raconte ça, le silence tonitruant et les jours cotonneux dans lesquels on flotte, quand on offre la vérité."
"Ça raconte ça : le souffle, le soufre, la tempête."
"Ça raconte ça, qu'on ne peut pas aimer, boire et chanter en paix, que pour vivre heureuses, il faut vivre cachées."
"Elle ne comprend pas que je suis à bout de forces de cette vie qu'elle me propose, de cette vie qui va trop vite et dans laquelle elle ne veut pas s'engouffrer tout à fait, de son instabilité, de son incertitude, de ses abandons et de ses caprices, de ses toquades de princesse."
"Ça raconte Sarah, imprévisible, ondoyante, déroutante, versatile, terrifiante comme un papillon de nuit."  
Les Éditions de Minuit, 189 pages.

mardi 13 mars 2018

"Vivre en bourgeois, penser en demi-dieu" de Jacques Weber



Jacques Weber n'a bien entendu plus besoin d'être présenté ; acteur, scénariste, écrivain, il aime les mots et surtout il aime les partager, que cela soit sur scène ou dans ses livres.

Dans cet essai il nous transmet sa passion, son amour, pour Flaubert. Le Flaubert de "Madame Bovary", mais pas seulement.
Le Flaubert que nous ne connaissons pas, celui des lettres enflammées qu'il écrit à ses maitresses, de ses échanges avec ses contemporains, le Flaubert volcanique, impétueux, gras, de mauvaise foi, un Flaubert vivant, jouisseur, au langage fleuri.

Ainsi Jacques Weber nous livre des moments de la vie ordinaire de Gustave pour nous parler de lui, pour nous le dévoiler différemment, il y a
Gustave l'ermite qui s'enferme des heures pour écrire,
Gustave l'épicurien qui s'encanaille dans les rues de Paris, un Paris retourné, éventré par le baron Haussmann,
Gustave l'ami de George Sand, le postier de Hugo,
Gustave l'amant...

Et au milieu de cette vie ordinaire Jacques Weber nous donne à voir un peu aussi de lui-même, de son intimité ; il y a des moments où l'on ne sait plus trop bien de qui il est question, c'est délicieusement troublant.

Jacques Weber a joué Gustave sur scène, il a lu ses correspondances, il le connait, il l'aime et il donne envie de (re)découvrir ce Flaubert là.

J'ai eu la chance de le rencontrer (Weber pas Flaubert (faut-il le préciser ?)), l'homme parle aussi bien qu'il écrit, passionnant et fascinant. Une simplicité, une chaleur, un enthousiasme que l'on reçoit tout naturellement.
On voudrait l'écouter des heures, le regarder vivre ses mots.

Une belle rencontre, un beau moment, une magnifique lecture

Fayard, 232 pages.


lundi 8 janvier 2018

"Mes pas vont ailleurs" de Jean-Luc Coatalem


PRIX FEMINA ESSAI 2017

"tous les voyages finissent en livres et tout part d'une lecture" JLCoatalem

Jean-Luc Coatalem est journaliste, écrivain, grand-reporter, grand voyageur et originaire de Brest, un peu comme le sujet de son livre, Victor Segalen.
Dans ce récit il s'adresse directement à son héros par un long et grand monologue au cours duquel il lui parle de son amour, de tout ce qu'il a accomplit, voyages et oeuvres littéraires.
Sans être vraiment une biographie - plutôt une ode (!) - il retrace les 15-20 dernières années de la vie de notre aventurier.

Victor Segalen était donc, lui aussi, originaire de Brest ; médecin engagé dans la Marine, mais aussi romancier, poète, archéologue et passionné de Chine. Il a beaucoup voyagé, découvert, rencontré. La Marine lui a permis de partir mais ce qu'il aime c'est marcher, chevaucher.

Au début du XXème siècle il est arrivé aux îles Marquises juste après la mort de Gauguin, il a ainsi récupéré quelques unes de ses oeuvres et comme lui a surtout tiré de son passage tout le mal que le monde civilisé a pu faire au peuple indigène, il en a fait un livre "les Immémoriaux".

Puis étudiant le chinois il devient élève-interprète et a pu partir en Chine - 3 séjours - où il a fait de nombreux voyages et surtout de nombreuses découvertes. Entre ses voyages il a épousé Yvonne, une brestoise de qui il aura 3 enfants.
Il meurt assez jeune (41 ans) dans des conditions qui restent plutôt mystérieuse.

Donc, donc, j'étais ravie de découvrir ce livre car avant d'arriver à Hong Kong je n'avais jamais entendu parler de ce Victor Segalen - nom porté par le lycée français de HK.
Me voici donc donnée l'opportunité de le découvrir, de découvrir ses voyages qui nous emmènent en Chine - où il rencontre un consul français pas très malin (j'essaie de lire le livre du fils !) - et aux îles Marquises où Gauguin finit sa vie (ayant lu un livre fort intéressant sur ce dernier où l'on parlait effectivement en 2 mots de Victor Segalen - Gauguin aux Marquises ).
Ainsi plein de petits rappels sur des livres déjà lus, et surtout une grosse envie maintenant de lire ce fameux Victor Segalen et notamment son roman "René Leys".

L'écriture est magnifique et on ne peut que constater que l'auteur connait son sujet, l'aime, l'idolâtre presque - il est très compréhensif et magnanime - il veut nous faire partager son engouement et franchement il est plutôt convaincant, cependant il y a quelques longueurs et répétitions qui parfois alourdissent. C'est très érudit avec beaucoup de références mais livré un peu dans le désordre,  ce qui rend, parfois, le tout un peu confus et embrouillé.

Je comprends le prix, l'oeuvre est belle, le style très travaillé, mais pour qui n'est pas intéressé par Victor Segalen c'est peut-être plus difficile à appréhender... du coup je ne peux pas recommander cette lecture à tout le monde.
"[...] Un opiomane avéré qui n'arrive plus à se défaire de son addiction. Un esthète, sinologue érudit, doublé d'un voyageur infatigable - mais, désormais, de l'avis des psychiatres et d'un neurologue, astreint à un "repos total nécessaire.""
"...nous admirions votre quête d'ailleurs et ce besoin de possibles." 
"Vous croiserez ensuite le consul Albert Bodard - le père de Lucien, le futur reporter -, qui ne vous fait pas grande impression." 
Stock, 278 pages.