Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

vendredi 28 février 2020

"Sur le bout de la langue" de Ahmed Kalouaz



Je ne suis pourtant pas tellement friande de ce genre littéraire -les nouvelles - mais j'ai choisi de faire confiance à un auteur déjà très apprécié, et je n'ai pas eu tort.

Chacune des nouvelles, qui sont très courtes, met en scène un personnage qui revient sur son passé, dans des formes plus ou moins différentes, entre narration et dialogue.

Il y est aussi beaucoup question de mort, de disparition.
Des thèmes qui nous touchent tous, écrits avec beaucoup de poésie, de douceur, de maitrise.

Chaque nouvelle se déguste comme un petit bonbon, un petit plaisir, il ne faut pas être pressé, il faut prendre son temps.

Un auteur que je vous recommande, en particulier "Avec tes mains" et "Uppercut" que j'ai lu avant que ce blog existe (ne cherchez pas l'article sur ses deux romans, dont le deuxième est un jeunesse).

Éditions Le mot et le reste, 114 pages. Août 2019.

mardi 18 février 2020

❤️❤️ "Marche blanche" de Claire Castillo




Ce livre est une bombe que l'on se prend en pleine figure !
Une fois ouvert on ne peut plus le refermer, hormis quelques petites pauses pour reprendre son souffle et ses esprits.

Nous sommes enfermés dans la tête d'une mère qui a perdu sa fille âgée de 4 ans et 9 mois ; Hortense a été enlevé dans un parc alors qu'elle jouait à cache-cache avec sa mère. 
Dix ans plus tard, alors que de nouveaux voisins s'installent dans la maison d'en face, la mère croit reconnaître sa fille dans la jeune ado de 14 ans de cette famille. 

Et tout part en vrille.
Elle devient totalement obsédée par Hélène qu'elle croit être Hortense, ses actes ont de moins en moins de sens, son mari, son amie de toujours s'inquiètent, ils voient la dérive mais ne peuvent imaginer à quel point cette mère vit sous tension.

Cette mère, éperdue d'amour pour sa fille, nous livre sa douleur, son manque, l'absence. 
Coincé dans le huis clos de son esprit nous suivons les méandres de son évolution psychologique, nous vivons avec cette femme qui n'en peut plus, qui vit au bord de la folie, jusqu'où ira-t'elle ? Comment se sortir de cette noirceur dans laquelle elle s'enfonce un peu plus chaque jour, malgré un entourage bienveillant et présent ? 

Une écriture nette, franche, qui ne cache rien et qui sert parfaitement son sujet. 
Un livre glaçant mais tellement brillant !  

"Elle n'est plus là, parce qu'elle n'est plus nulle part. Elle est dans mon coeur, elle peut très bien y vivre. Je la fais battre. Pour la réanimer."

Gallimard, 166 pages. Janvier 2020

lundi 17 février 2020

"Les Magnolias" de Florent Oiseau



Un jeune homme, acteur raté, rend visite à sa grand-mère tous les dimanches dans sa résidence des Magnolias.
Jusqu'au jour où la grand-mère demande à son petit-fils de l'aider à mourir.
Il vient alors la voir plus souvent, et retourne aussi dans sa maison où il va découvrir des secrets sur le passé de sa grand-mère. Cela lui donnera également l'opportunité de revoir son oncle qu'il n'avait pas vu depuis très longtemps et qui va l'aider un peu dans sa quête de l'histoire de sa grand-mère.
Il y a aussi Rico, un personnage dont je n'ai pas vraiment compris le sens mais qui est l'ami et l'agent de notre héros.

Bon honnêtement il ne se passe pas grand chose de plus, je dois reconnaitre que je me suis plutôt ennuyée et qu'il m'a fallu très longtemps pour lire ce livre.
L'idée de départ était intéressante mais les personnages comme l'histoire ne sont pas assez approfondis ce qui fait que j'ai eu du mal à m'attacher autant à la grand-mère qu'à son petit-fils.
J'ai eu l'impression de lire un énième livre sur ce sujet très tendance que sont nos vieux, les maisons de retraite, les secrets de famille etc.
Malheureusement je pense que j'aurai oublié ce livre très vite.

Allary Éditions, 219 pages. Janvier 2020

jeudi 13 février 2020

"Vie de Gérard Fulmard" de Jean Echenoz



Lire Jean Echenoz c'est entrer dans une littérature différente, burlesque, inattendue, surprenante...
Mais c'est aussi entrer dans une littérature vraie où chaque mot a sa place, chaque phrase a son sens, chaque non-sens sa raison d'être.
Il faut être prêt, avoir l'esprit ouvert car on prend un grand bol d'absurdité dans la figure, et ne vous méprenez pas, j'adore !!!

Je partage d'ailleurs tout à fait l'analyse de Laure Adler dans son podcast "l'heure bleue" où elle dit que le démarrage de ce livre est extravagant mais finalement lorsqu'on le referme on a le sentiment d'avoir lu en substance une analyse précise de notre société, de notre politique.
Ce n'est donc pas tout à fait n'importe quoi, en fait pas du tout, derrière les bizarreries de ce monde littéraire il y a une histoire, des histoires, et tout s'emboite à la fin.

Gérald Fulmard est un homme quelconque, pas très malin, ancien steward. Il a perdu son travail pour une sombre raison et depuis végète dans son appartement entre deux rendez-vous chez son psy. Cependant il doit bien payer son loyer et pour cela il décide de s'improviser détective...

Dans le même temps, la secrétaire générale d'un petit parti politique pas très propre se fait enlever, et c'est le branle-bas dans cette drôle de "famille" où l'on ne sait plus trop qui manipule qui et pourquoi.

Il se trouve aussi que Gérard Fulmard habite dans une rue où des choses bien étranges se sont déjà produites, mais je n'en dirais pas plus, à vous de découvrir.

Ce livre est loufoque, drôle et grave. Une littérature que j'aime, qui change et qui fait du bien.
C'est la deuxième fois que je lis Echenoz, je suis conquise !

Les éditions de Minuit, 235 pages. Janvier 2020

mardi 21 janvier 2020

"Les yeux rouges" de Myriam Leroy



Dans ce roman semi-autobiographique, Myriam Leroy raconte l'histoire d'une journaliste harcelée sur les réseaux sociaux par un homme sans limite.
Elle a utilisé sa propre histoire et celles d'autres personnes pour écrire ce roman.
La construction est assez intéressante car on entend essentiellement la voix du harceleur.

Au démarrage il est plutôt bienveillant, gentil, puis un peu insistant et lourd. On perçoit la menace sous-jacente qui monte petit à petit. Jusqu'à ce qu'elle le retire de sa liste "d'amis" et qu'il pète complètement les plombs et en fasse sa cible numéro un sur sa page Facebook ainsi que dans les multiples comptes twitter qu'il se crée.

La journaliste est évidemment victime de de remarques machistes, d'insultes, sa photo est postée retouchée de façon assez immonde, et elle a du mal à prendre du recul, elle ne peut s'empêcher de vérifier ce que cet homme écrit ainsi que les commentaires nauséabonds de ses "followers".

J'ai du mal à savoir si j'ai aimé ce livre car j'ai plusieurs fois été gênée, notamment par la critique permanente de l'entourage qui du coup pousse en arrière-plan la mise en abîme de la victime, et sa lente descente en enfer alors que c'est le sujet important. C'est peut-être moi qui me suis focalisée là dessus mais malheureusement c'est la lecture que j'en ai eu.

Il n'en est pas moins que c'est un livre glaçant sur les risques réels de cyberharcèlement et qui peut être vraiment intéressant à lire, notamment par nos ados qui parfois ne se rendent pas compte des risques qu'ils prennent sur le net.

En revanche je n'ai ni compris, ni apprécié la fin.

Seuil, 188 pages. Août 2019

"Le consentement" de Vanessa Springora



"Le consentement" c'est le livre dont tout le monde parle en ce moment, et pour cause, son auteur raconte comment à l'âge de 14 ans elle a vécu une histoire d'amour avec un écrivain connu de l'époque Gabriel Matzneff âgé lui de 50 ans.

Vanessa à cette époque vit seule avec sa mère, le père est terriblement absent.
Au cours d'un diner Vanessa rencontre G.M qui pose sur elle un regard qui la fait se sentir femme.
Et puis cet homme se met à lui faire une cour assidue par lettres, elle en tombe évidemment très amoureuse.

Vanessa Springora raconte très bien l'emprise que cet homme prend peu à peu sur elle, comment la jeune fille qu'elle était se sent exister et vivante dans les yeux de cet homme tout en "sentant" que quelque chose n'est pas tout à fait à sa place.
La montée du pouvoir de l'homme sur l'adolescente se fait insidieusement, parce qu'il n'est pas qu'un pédophile mais aussi un manipulateur puissant.
Et pourtant petit à petit elle découvre aussi ses faiblesses d'homme malade, son besoin de jeunesse, sa peur de la déchéance du corps...

Cette relation va durer un temps, jusqu'à ce que Vanessa réalise qu'il a (eu)  d'autres maitresses, qu'elle n'est pas unique, et surtout qu'il est aussi friand de petits garçons qu'il va retrouver aux Philippines.

Et une fois libérée de cette homme il faudra des années et des années à cette jeune femme pour se (re)construire, faire confiance à un homme, à l'amour et au sexe.

C'est un livre très bien construit et qui fait froid dans le dos notamment quant à l'absence de réaction de l'entourage proche de la jeune fille mais aussi de celui de l'écrivain.
Beaucoup de discussion et de débat autour de cette histoire, mais je crois que c'est très simple, il y a eu une époque où les personnalités célèbres pouvaient faire tout ce qu'elles voulaient, et même en le clamant haut et fort, leur célébrité les a clairement rendu intouchables, il y a tellement d'histoires comme celle-là que c'est indéniable.

Aujourd'hui la parole des victimes se fait entendre, et on ne peut qu'espérer que cela pousse notre société à refuser cette complaisance.

Un livre important, qui enferme cet auteur dans ce qu'il a été, comme lui-même a enfermé toutes ses petites victimes dans ses propres livres.

Grasset, 216 pages. Janvier 2020

jeudi 16 janvier 2020

"Le huitième soir" de Arnaud de la Grange



C'est totalement involontaire mais me voilà de retour avec un nouveau livre sur Diên Biên Phù.
Sauf que cette fois on y est vraiment, dans le feu de l'action.
Le narrateur est un jeune homme, lieutenant de l'armée, qui prêt à quitter Hanoï pour retourner chez lui, se porte volontaire au dernier moment pour être parachuté dans le creuset de Diên Bien Phù et tenter de sauver les dernières positions. Il sait pourtant vers quoi il va.

Il y a huit journées, et huit soirs et les Viets attaquent surtout la nuit, et chaque jour le jeune homme raconte cette guerre tout en revenant sur sa propre histoire.
Et chaque jour on vit avec lui dans les tranchées, dans cette forêt moite, épaisse, lourde, chaude, dans la boue, le bruit, l'odeur.

C'est un texte court mais qui est d'une puissance folle. En peu de mots tout l'enfer de la guerre nous est conté, mais aussi son injustice, la fraternité, l'horreur de la mort. Mais pas tellement la peur que l'on ne ressent pas, comme si c'était une fatalité, déjà acceptée.

J'ai aimé, beaucoup, cette écriture simple et fluide, j'ai aimé la scène où Kader remercie son lieutenant au lieu d'essayer de lui remonter le moral, j'ai aimé le personnage de Pauline, cette jeune femme franco-vietnamienne qui sait ce qu'elle veut et où elle va, j'ai aimé notre conteur, sa sincérité, sa simplicité. J'ai aimé la lumière malgré la noirceur du sujet.

Un petit roman que je recommande vivement pour tout ce qu'il réussit à nous faire passer sans violence et naturellement.

Gallimard, 158 pages. Mars 2019